Multilatéralisme : seul rempart pour l’avenir

De retour de New York, où l’Assemblée générale des Nations unies a célébré ses 80 ans, je veux redire combien l’esprit de ses fondateurs demeure notre horizon. Comme l’a rappelé le président de la République, la paix et la sécurité internationales ne sauraient être préservées sans un multilatéralisme fort, seul rempart face aux menaces.

En Ukraine, certains seraient tentés de renoncer à la règle commune, d’accepter la logique de la force ou de céder à la résignation. Je le refuse. L’agression russe, dénoncée hier à l’ONU par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, n’est pas qu’une crise régionale qui frappe le peuple ukrainien : c’est un défi lancé aux principes mêmes du droit international et humanitaire et du respect des peuples à disposer d’eux-mêmes. L’Europe et la communauté internationale ne pourront y répondre qu’ensemble, de façon coordonnée, avec détermination et solidarité. La guerre hybride menée par la Russie contre l’Union européenne et l’OTAN appelle une riposte implacable : pour notre sécurité, pour le droit, pour la paix.

Concernant le conflit au Proche-Orient, la France, sous l’impulsion du président de la République, a fait un choix courageux : reconnaître l’État de Palestine. Parce que seule la diplomatie, portée par un multilatéralisme assumé, peut offrir une issue politique quand la guerre ne produit que ruines et radicalisations. Oui, seule une alternative politique crédible détournera les Palestiniens de l’impasse mortifère du Hamas ; oui, la paix durable exige un État palestinien souverain, reconnu, démilitarisé et en paix avec Israël. Ce n’est pas un camp contre un autre : c’est la mobilisation de 142 pays autour de la Déclaration de New York qui a rendu ce pas possible. Cette coalition inédite, sous l’impulsion de la France et de l’Arabie saoudite, montre que la scène internationale peut, si elle s’en donne les moyens, imposer la voie diplomatique à la logique de la guerre. Alors certes le chemin est encore long, mais je suis convaincu qu’il s’agit là de la seule voie possible, celle de la solution diplomatique, qui conduira à la libération des otages et apportera une solution de paix durable pour le peuple palestinien et le peuple israélien.

Le multilatéralisme, c’est aussi notre meilleur, parfois notre seul atout pour protéger ce que nous avons en commun : notre planète. L’entrée en vigueur aujourd’hui de l’accord sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales (« BBNJ ») sur la biodiversité marine, grâce au soutien de 68 États, en apporte la preuve. Là où les égoïsmes nationaux échouent, la communauté internationale peut remporter des victoires décisives pour l’avenir de l’humanité. Cet accord historique, obtenu en deux ans grâce à un engagement collectif, porté notamment par la France, marque une avancée majeure. Il met fin à la « loi du plus fort » qui prévalait en haute mer, zone représentant plus des deux tiers de l’océan mondial, où surpêche et pollution menaçaient l’équilibre global. Désormais, une véritable gouvernance partagée voit le jour, fondée sur la science, la justice et la coopération, et soutenue par un cadre juridique contraignant. Elle permettra la création d’aires marines protégées, l’instauration de contrôles scientifiques et un partage équitable des ressources. C’est un exemple concret que seul le multilatéralisme permet d’apporter des réponses crédibles à la crise écologique globale, défi majeur de ce siècle qui ne connaît aucune frontière.

De cette Assemblée générale des Nations unies, je reviens plus déterminé que jamais à défendre l’idée du dialogue. Car ce sont bien la rencontre, l’écoute et le travail collectif qui font naître les vraies réponses. Certes, le multilatéralisme demande du temps, des débats, des compromis ; il n’est pas fait pour les impatients ni pour les cyniques. Mais il reste la seule voie assez forte, assez lucide et assez ambitieuse pour relever les grands défis de notre siècle.
Face à la tentation du repli et aux discours populistes qui promettent des solutions faciles, j’invite chacun à résister à l’illusion de l’efficacité immédiate. Certes le dialogue et l’écoute sont exigeants, mais ils sont indispensables.

L’action commune est notre seule voie. Alors choisissons l’esprit des pères fondateurs des Nations unies : ensemble, et seulement ensemble, nous pourrons bâtir un avenir à la hauteur de nos responsabilités.

Pieyre-Alexandre Anglade

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